FranceTVInfo.fr | 03.07.2016 | Thomas Baïetto

Malgré les efforts de la fédération et l’activité des Irréductibles Français, les fans tricolores n’arrivent pas encore à la cheville de leurs homologues britanniques ou irlandais.

Pendant quelques minutes, ils ont chanté en anglais. Les supporters de l’équipe de France, rassemblés en bas du virage nord du Parc Olympique lyonnais, ont repris Stand up for the boys in Greens à la fin du match France-Irlande, dimanche 26 juin. Un salut appuyé à leurs camarades irlandais, qui ont régalé la France depuis le début de la compétition.

« On voulait leur rendre hommage pour leur comportement tout au long de l’Euro », explique Anthony Chopin, l’un des deux « capos » des Irrésistibles Français, premier groupe de supporters des Bleus (avec 1 300 membres). En charge d’une mission délicate – faire chanter tout un stade avec son mégaphone –, le jeune homme reconnaît la valeur des adversaires du jour. « C’est un bon exemple à suivre, au niveau de la ferveur. Ils ont continué à chanter malgré la défaite. Vous imaginez si la France avait perdu ? La moitié du stade sifflait », poursuit-il.

« Ambiance de salon » et « sandwichs dans la gueule »

Cette ferveur, les Irrésistibles Français aimeraient bien l’insuffler dans les tribunes bleues. Et s’ils reconnaissent que le résultat n’est pas encore à la hauteur des travées irlandaises ou islandaises, ils insistent sur le chemin parcouru ces dernières années. « Quand j’ai commencé à aller au Stade de France, en 2008, il y avait une ambiance de salon, se souvient Anthony Chopin. Tout le monde était assis, ceux qui se levaient pour chanter se prenaient des sandwichs dans la tête et des stadiers venaient les faire asseoir. » « C’était limite un supplice d’aller au stade, il valait mieux rester chez soi, avec les copains et les bières », se souvient-il.

La faute à une Fédération française de football qui préfère alors laisser la gestion de son club des supporters aux sponsors, mais pas seulement. « Contrairement à certains pays, où tout le public participe, nous avons un manque de culture de supporter, constate Hervé Mougin, président des Irrésistibles Français. Un supporter lambda est actif 3 minutes 30 sur un match, pour deux-trois Marseillaise et un ‘Aux armes’. Le reste du temps, on se sent un peu seul. » Les ultras qui enflamment chaque week-end les tribunes de la Beaujoire, du Parc Olympique lyonnais ou du Vélodrome ne s’intéressent pas aux Bleus. « Le club est très important, la sélection nationale vient après », résume Hervé Mougin.

Une sélection qui passe après les clubs

Supporter les Bleus est de toute façon plus compliqué. Hervé Mougin, qui habite Dijon (Côte-d’Or), où l’équipe de France ne joue jamais, est bien placé pour le savoir. « Nos matchs tombent rarement le week-end, je suis obligé de poser un jour pour y aller, explique-t-il. Professionnellement, certains de nos adhérents ne peuvent pas faire tous les matchs, il y a beaucoup de turn-over. » Ajouté au faible nombre de matchs, ce brassage ne facilite pas l’organisation des chants et des tifos, comme celui déployé pour France-Russie en mars.

Ces dernières années, les Irrésistibles Français ont pu compter sur l’aide de la FFF, qui s’est enfin décidée à prendre le problème du manque de ferveur à bras-le-corps. Depuis l’Euro 2012, elle a repris en main la gestion du club des supporters, en s’appuyant sur les IF. « Quand on a moins la culture supporter que les Britanniques, il faut compenser par du travail. Cela fait deux-trois ans qu’on s’y est mis », explique à francetv info Florent Soulez, chargé par la fédération de réveiller le Stade de France.

Des rencontres avec les joueurs

Ce jeune trentenaire a relancé le club des supporters, qui propose des tarifs préférentiels et des « Casa bleues » pour se retrouver avant les matchs, et leur a ouvert les portes du stade. « On leur a permis de se rassembler dans la même tribune, de se mettre debout, de rentrer avec des tambours, des bâches et des mégaphones », énumère-t-il. La stratégie est simple : un stade est rempli de spectateurs suiveurs, qui ont besoin qu’un noyau actif qui les pousse à chanter. « Il faut que ce groupe continue à grossir, pour que, quand il lance un chant, le reste du stade l’entende et le reprenne », développe Florent Soulez.

Il a également travaillé sur les relations entre les joueurs et les supporters. Depuis 2015, une réunion annuelle est organisée entre des cadres des Bleus et des responsables des associations. C’est lors de cette réunion, en mars, que Patrice Evra a fait passer quelques messages : pas de olas à 0-0, pas de « Et 1, et 2, et 3-0 ! » (la chanson de la génération de Didier Deschamps). Au contraire, le latéral gauche leur a conseillé de scander les noms des joueurs même quand il n’y a pas de but, de lancer plus de chants, surtout quand la France perd, et de mettre la pression sur l’adversaire. « C’était vraiment un échange sympathique, il était à l’écoute », se souvient Hervé Mougin.

« Moins de déguisements, plus de chants »

Pour tout ce petit monde, l’Euro 2016 à domicile est un test important. « Sur les deux premiers matchs, c’était mitigé, on a eu une ambiance assez…. J’aurais préféré moins de déguisements, plus de chants et de ferveur, confie Anthony Chopin. Le placement, géré par l’UEFA, ne les a pas aidés. « Avec le tirage au sort, on était dispersés dans les tribunes françaises, avec ceux qui veulent que vous vous asseyez », se souvient Hergé Mougin.

Les matchs à élimination directe et le retour à une billetterie groupée, via le club des supporters de la FFF, a permis d’améliorer les choses. Dimanche, au Parc Olympique lyonnais, le virage bleu a donné de la voix toute la première mi-temps, malgré l’ouverture du score des Irlandais. En fin de match, le public a même entendu résonner quelques chants rares, comme cette reprise de Hey Jude version Olivier Giroud importée d’outre-Manche. « On a proposé quelque chose de sympa », estime Hervé Mougin. « On a senti une autre atmosphère. Il y avait plus de personnes concernées par les chants autour de nous », abonde Anthony Chopin, un peu déçu par le comportement des joueurs : « On essaye de les supporter tout au long du match et ils ne nous le rendent pas à 100%. Ils font un pas vers nous, mais on a l’impression qu’il y a toujours une distance de sécurité. »

« On a encore un peu de chemin à faire »

La FFF et les Irrésistibles Français préfèrent voir le verre à moitié plein. « Quand on se compare aux Italiens ou aux Espagnols, on est nettement meilleurs. Face aux Britanniques et aux Islandais, on a encore un peu de chemin à faire pour atteindre cette régularité dans les chants », résume Florent Soulez. « J’entends les critiques, mais il n’y avait rien et on construit quelque chose », rappelle Hervé Mougin.

Le meilleur est à venir, disent-ils. Après l’Euro, la FFF va poursuivre cette politique, « pour continuer sur cette dynamique ». Malgré les pertes prévisibles à la fin du tournoi, les Irresistibles Français veulent continuer de faire grandir « petit à petit » leur kop. Un processus qui prendra encore un peu de temps, selon Florent Soulez : « Passer d’un public où il n’y a pas beaucoup d’ambiance aux supporters Irlandais, cela ne se fait pas du jour au lendemain. »