20 Minutes | 13.11.2017 | Par Nicolas Camus

Les deux nations se retrouvent pour un nouveau match amical deux ans quasiment jour pour jour après les attentats du 13 novembre 2015…

Ils n’avaient pas pu le faire avant la demi-finale de l’Euro, à Marseille, mais cette fois la rencontre aura bien lieu. Mardi après-midi, sur un terrain tout proche du RheinEnergieStadion de Cologne, une équipe de supporters français va défier un onze de fans allemands. Et sûrement boire quelques bières ensuite, histoire de refaire le match et se chambrer gentiment avant la confrontation entre les deux sélections dans la soirée.

Entre les Français et les Allemands, l’ambiance est à la camaraderie. Amorcé depuis le début des années 2000, le rapprochement des supporters s’est accéléré avec les attentats du 13 novembre 2015. « J’en ai reparlé avec certains lors de l’Euro, on a tous passé une soirée très difficile, nous raconte Hervé Mougin, le président des Irrésistibles Français (IF). Sur le coup, on était loin d’eux. On avait pris des nouvelles de ceux qu’on connaissait directement, mais on n’avait pas pu faire beaucoup plus. Alors avant la demi-finale, on a pris le temps. »

La bombe qui explose aux abords du Stade de France pendant le match, Evra qui s’arrête une seconde de jouer, les spectateurs sur la pelouse au coup de sifflet final, la découverte des images des lieux attaqués dans Paris, les Allemands « choqués » qui passent la nuit dans les vestiaires avant de filer directement à l’aéroport au petit matin… Autant d’images restées gravées et de liens cimentés par des émotions que personne n’aurait voulu ressentir.

Comme les supporters, les joueurs et les dirigeants des deux nations sont encore plus proches, eux aussi. Invité par le journal Le Parisien à se replonger dans cette triste soirée, en novembre dernier, le manager général de l’équipe d’Allemagne Oliver Bierhoff le disait mieux que personne : « Le plus marquant a sans aucun doute été la solidarité exemplaire des gens dans cet état d’urgence, que ce soit au sein de notre sélection, l’attitude magnifique de l’équipe de France qui est venue nous apporter son soutien en restant au stade tant que nous y étions. Cette cohésion a été très forte. Elle nous a rapprochés ».

On se souvient également du message de Mesut Ozil juste après la défaite allemande en demi-finale de l’Euro. « Bravo à la France d’avoir été un aussi bon pays hôte. L’équipe et plus particulièrement tout le peuple français le mérite tellement après toutes les discussions et les questions de sécurité autour de l’événement depuis novembre 2015. Adieu et merci France. » On a cherché, on n’a pas trouvé plus fair-play après une défaite dans un match de cette importance.

« Ça crée des liens parce que personne n’est responsable, témoigne Noël Le Graët pour 20 Minutes. Nous sommes deux nations proches l’une de l’autre, nos deux sélectionneurs s’entendent bien et s’estiment, aussi ». Le président de la Fédération française confie ne pas se souvenir du match. Toute la seconde période, il l’a passée à gérer cette situation de crise. « Quarante-cinq minutes très longues, les plus longues de ma vie. On souhaitait que le match se termine dans de bonnes conditions, et on a fait en sorte d’être cohérent ».

Le fait de se rencontrer à nouveau, deux ans presque jour pour jour après, n’est pas pour autant un acte de commémoration. Enfin si, mais on parle là davantage de l’Armistice du 11 novembre 1918. « A ces dates, on essaie toujours de voir les Allemands du fait de notre histoire commune, indique le patron de la FFF, songeant aux matchs à Gelsenkirchen le 15 novembre 2003 (1-2 pour la France) et à Saint-Denis le 12 novembre 2005 (0-0). C’est important de part et d’autre. » Les événements de 2015 y apportent un écho supplémentaire.

 

« Il y a toujours une forte rivalité, mais elle n’est que sportive »
N’allez pas croire non plus que toute rivalité s’est éteinte. Faudrait pas pousser, Séville 82 et Harald Schumacher ne sont pas oubliés, la défaite de 1986 – quoique moins passionnée – non plus. « Ah mais il y a toujours une forte rivalité entre nous, rassure Hervé Mougin. Seulement, elle n’est que sportive. Il y a beaucoup de respect. » Et le chef des IF de faire la comparaison avec les Italiens et les Espagnols, qui « nous démolissent verbalement », « nous envoient des trucs dans la gueule tout le match » et ont « un grave problème de racisme ».

« On s’est trouvé d’autres ennemis, résume-t-il. Les Allemands ne sont pas un peuple chambreur, ça joue aussi dans le rapprochement avec eux. Et puis contrairement à la génération d’avant, notre histoire avec l’Allemagne à nous, les trentenaires-quadra, est moins frustrante. » C’est ainsi que les supporters français ont fait cortège commun avec leurs adversaires à Marseille, en juillet dernier, et qu’Hervé Mougin a été invité à monter dans le bus à impérial des Allemands pour leur dire quelques mots au micro.

Ce week-end, il a acheté des chocolats pour ne pas arriver les mains vides à Cologne, mardi. « On a envie de bien s’entendre avec eux, dit-il. Peut-être plus encore depuis 2015, mais surtout parce que la France et l’Allemagne sont deux piliers de l’Europe, dans le foot comme en dehors, et que c’est important que les relations soient saines. C’est plus agréable en tant que supporters. » Et ça n’empêchera pas d’envoyer quelques tacles dans les chevilles si besoin, demain, lors du lever de rideau entre les deux camps.