L’Express | 25.12.2017 | Par Rodolph Ryo (avec R.F.)

FOOTBALL. De Rennes à Istanbul, des stades ont été sublimés tout au long de l’année par les somptueuses banderoles réalisées par leurs supporters.

Quel est le point commun entre les fans du Borussia Dortmund, du Legia Varsovie et de Rosario Central? Tous rivalisent d’ingéniosité chaque week-end pour égayer leurs stades et instaurer des ambiances électriques. Provocateurs ou ironiques, leurs tifos mériteraient même d’être considérés comme des oeuvres d’art à part entière. Éphémères, ces animations visuelles et sonores prouvent que les supporters, loin de l’image de violence qui leur est souvent accolée, cachent parfois une créativité sans limite. De la Grèce à l’Argentine, retour sur les visuels qui ont marqué l’année 2017.

Le Standard voit (très) grand

Le championnat belge n’avait encore jamais vu un tifo aussi spectaculaire. Le 18 février, lors d’une rencontre contre La Gantoise, les supporters du Standard de Liège sont entrés dans l’histoire de leur pays en déployant successivement trois banderoles d’une surface totale de 1800 mètres carrés. Une animation née de l’imagination des « Ultras Inferno », groupe de supporters du Standard qui voulait marquer le coup pour son 20e anniversaire.

Le « mur jaune » de Dortmund

Avec le célèbre « mur jaune », une tribune pouvant accueillir jusqu’à 25 000 personnes, les joueurs du Borussia Dortmund possèdent l’un des publics les plus bouillants au monde. Lorsqu’ils ont défié le Benfica Lisbonne, le 8 mars, en Ligue des champions, leurs supporters ont eu la bonne idée d’évoquer leur précédente confrontation face aux Portugais, en 1964, en reproduisant des coupures de presse de l’époque. Avec le message suivant: « Demain, les journaux écriront encore: le Borussia élimine le Benfica. »

Walter White débarque à Rennes

S’il ne brille pas toujours par ses résultats, le Stade Rennais peut au moins se targuer d’avoir l’un des groupes de supporters les plus inventifs de Ligue 1. Fondé en 1991, le Roazhon Celtic Kop a frappé fort le 12 août lors de la réception de Lyon. À l’entrée des joueurs, un immense tifo à l’effigie de Bryan Cranston, héros de la série Breaking Bad via son personnage de Walter White, a été déployé. Avec sa réplique culte en légende: « N’ayez pas peur du danger, vous êtes le danger. »

L’UEFA visée par le Legia

Un cochon qui se remplit les poches. Voilà comment l’UEFA a été représentée par les supporters du Legia Varsovie, le 17 août, lors d’un match de Ligue Europa. Une caricature pour protester contre la décision de l’instance européenne de sanctionner financièrement le Legia pour avoir déployé dix jours plus tôt un tifo sur lequel figurait un soldat nazi pointant son arme sur la tempe d’un enfant.
Par cette banderole, les ultras du Legia avaient souhaité rendre hommage aux victimes de l’Insurrection de Varsovie, en 1944.

Le Stade de France vibre enfin

Longtemps critiqué pour son manque de dynamisme, ses « olas » intempestives et le minimalisme de ses chants lors des matchs des Bleus, le public du Stade de France a pris un nouveau virage en 2017. À la demande des « Irrésistibles Français », principal groupe de supporters tricolores, la FFF a accepté que les banderoles et les drapeaux fassent leur apparition. Elle a aussi donné son feu vert pour qu’un magnifique tifo bleu-blanc-rouge soit brandi le 31 août face aux Pays-Bas.

Prédiction ratée pour l’Olympiakos

Un tifo un poil présomptueux, mais pour le moins original. Le 12 septembre, pour le premier match de la saison de leur équipe en Ligue des champions, les supporters de l’Olympiakos ont envoyé un message à leurs rivaux européens. Ils ont déployé un tifo représentant un joueur de leur club dominant ceux d’Arsenal, du Borussia Dortmund, de Liverpool ou encore du Real. Malheureusement pour eux, l’Olympiakos a bouclé la phase de poules à la dernière place de son groupe.

Anderlecht et Dikkenek

La qualité de l’humour belge n’est plus à démontrer. Lors du choc entre Anderlecht et le Standard de Liège, le 2 octobre, les supporters des locaux ont dévoilé un tifo avec le film Dikkenek pour thème principal. Au moment de l’entrée des deux équipes, les visages de JC et Claudy Focan, les deux personnages principaux, sont apparus en tribunes. Avec une réplique culte du premier en guise de légende: « Je sais que j’plais pas à tout le monde, mais quand j’vois à qui j’plais pas, je m’demande si ça me dérange vraiment. »

Galatasaray sur le ring

Autre championnat, autre référence à un grand classique du cinéma. À l’occasion du derby d’Istanbul le 22 octobre, les supporters de Galatasaray ont réalisé un tifo mettant à l’honneur le légendaire boxeur américain Rocky Balboa, poing droit tendu et gants aux couleurs rouge et jaune des locaux. Cette banderole n’aura toutefois pas suffi aux joueurs de Galatasaray pour mettre à terre leurs rivaux de Fenerbahçe. Dans une ambiance irrespirable, le match s’est soldé sur un score nul et vierge.

Magdebourg version Jigsaw

Il n’y a pas besoin d’avoir des moyens démesurés pour confectionner des tifos qui marquent les esprits. Les supporters du FC Magdebourg, pensionnaire de troisième division allemande, l’ont rappelé le 24 octobre lors d’un match de Coupe face au Borussia Dortmund. Ils s’étaient inspirés de l’effrayant Jigsaw, le tueur de la saga Saw, pour intimider Shinji Kagawa et ses coéquipiers. Une chorégraphie spectaculaire, mais qui n’a pas empêché Magdebourg de lourdement s’incliner (5-0).

La leçon de show de Rosario

Des heures de travail, des mètres de scotch et beaucoup de stress dans l’attente du résultat final. Plus qu’ailleurs, les supporters argentins sont passés maîtres dans l’art de confectionner des tifos toujours plus impressionnants. Un nouveau cap a été franchi le 10 décembre par les ultras de Rosario Central, qui ont déroulé une banderole bleue et jaune de 500m de long et de 40m de haut pour recouvrir pendant le stade Gigante de Arroyito face aux Newell’s Old Boys.