C’est le jour de mon départ pour Ekaterinburg et pour bien nous le faire comprendre, l’auberge nous a envoyé leur plus sympathiques hôtesses… Fini de rire, je dois rapidement plier mes bagages sinon c’est Rita qui s’en occupe ! A l’extérieur c’est le déluge ! Le bas de l’auberge est inondée, les Kazanes ont troqué leur escarpins pour des bottes. J’ai l’impression d’être au cœur du Var en plein épisode cévenol. Mon train démarre à 20h08, il est 11h. La journée risque d’être longue…

Finalement le temps se remet, on profite une dernière fois du restaurant de notre auberge pour « déjeuner en terrasse ». Repris dans tous les guides touristiques de Kazan pour son rapport qualité/prix, ce petit restaurant fait le plein dès 11h30 jusque 20h. Dans la cour commune avec l’auberge, vous y trouvez un cuisto uniquement dédié à la cuisson au feu de bois : grillades, soupes et plats traditionnels y sont préparés dans des larges bidons dans percé d’un simple trou permettant l’alimentation en bois. Les odeurs sont très agréables lors de la cuisson, beaucoup moins lors de l’allumage, surtout après une nuit difficile… J’y mange vraiment bien même si souvent ma mauvaise connaissance du cyrillique m’empêche de savoir ce qu’il y a dans mon assiette.

C’est jour de match à Kazan. Iraniens et Espagnols ont envahi les rues. Les trompettes iranienne couvrent les chants espagnol. Avec mon maillot bleu sur les épaules, je fais office d’extra-terrestre… Quelques souvenirs achetés, nous voilà parti à pied pour la gare. On m’avait conseillé d’être en gare deux heures avant le départ de mon train afin de passer les contrôles de sécurité. Il ne m’aura fallu que cinq minutes pour le retrouver dans la gare… Des IF sortent les cartes, d’autres apprennent à jouer au osselets, je sors un bouquin, d’autres demandent à la chef de gare s’il n’est pas possible de voir le match Uruguay-Arabie Saoudite. Demande acceptée ! Un salarié des chemins de fer russe, échelle sur le dos, installe une antenne passant au dessus des wagons situées dans la gare « sinon ça ne capte pas ». Ça fonctionne et le cheminot a le droit à son ovation !

19h30, le train est annoncé. La procession des valises se remet en marche. Le train est en place et au premier coupe d’œil je comprends vite que notre périple de quinze heures portera bien son nom…

Un policier et un cheminot sont placés devant chaque porte. Pas de photo possible. Je présente mon passeport et mon ticket de train. La seule touche de modernité du voyage sera ce petit boîtier numérique sur lequel mon nom apparaît après que l’agent de l’AOA PKOA est rentré mon numéro de passeport. Je suis autorisé à entrer dans le train et me voici plongé « en terre inconnue »… Les compartiments couchettes accueillent quatre personnes. Un matelas roulé autour d’un oreiller est posé sur chaque couchette. Il y a de la place pour les valises mais il va bien vouloir calculer son coup… Les couloirs sont en bois, le sol en balatum semble ne pas avoir été rénové depuis longtemps. Les toilettes sont en ferraille et se bloque automatiquement à l’arrêt du train. Il faut d’ailleurs bien calculer votre coup sinon on vous sort dans quelque soit votre situation…

Je partage mon petit compartiment avec Kin, Math et Quentin. Finalement nous ne nous quittons plus. Le poste électrique et multimédia est installé dans le couloir autour de la seule et unique prise de courant de la voiture. Cela fait rire les Russes et contraste avec la vétusté de notre lieu d’hébergement.

Le train part à l’heure, chacun sort ses victuailles achetées un peu plus tôt dans la journée. Après quelques minutes, le passage de la police n’a qu’un seul et unique but : « alcool tabou ! » C’est raté pour l’apéro… 23h, nous sommes en pleine partie de cartes, deuxième passage : « tabou ! » La gestuelle est claire : tout le monde dort !…

Dans ce cas, il ne me reste qu’à vous souhaiter une bonne nuit…