Il est 8h, un salarié du fast-food voisin de notre auberge de jeunesse, seul lieu ouvert toute la nuit, nous réveille. Je comprends vite que cette petite heure de sommeil sur une banquette ne sera pas suffisante mail il me faudra faire avec… La journée va être longue et dans six heures je pourrai récupérer ma clef de chambre.
D’autant plus que dès 2h30, le jour et donc le soleil reprend sa place. Ici les nuits ne durent que trois heures. Cela me rappelle mon déplacement de juin 2017 à Stockholm durant lequel mon cerveau avait décidé de me maintenir éveillé durant plus de soixante douze heures.

Le programme du jour est chargé. Certains d’entre-nous doivent refaire leur FAN-ID, tous doivent aller chercher leur billet pour les trois matchs de poule, prendre possession de leur chambres et beaucoup d’entre-nous jouent le match des supporters contre les Australiens à 18h. Cela paraît simple sur le papier mais lorsque vous n’avez qu’un heure de sommeil à votre actif, tout se complique.

J’ai eu la chance de passer la douane sans soucis, hormis un glacial « don’t smile » prononcé par mon premier contact russe, je n’ai finalement « rien à déclarer ». Ma FAN-ID étant saine et sauve, me voici donc parti pour le « ticketing center » (centre de billetterie). Le plan récupéré auprès des jeunes volontaires Tatars nous indique une petite demi-heure de marche. La fatigue, le soleil et la beauté architecturale de la ville rallongeront considérablement notre temps de parcours.

Il est 10h. Une large bâtisse en préfabriqué devant laquelle une petite file d’attente est aperçue non loin de nous. Nous sommes tout proche de la première concrétisation de notre début de coupe du monde.
A mon arrivée dans le centre, je suis frappé par le nombre de volontaires présents ainsi que l’accueil bienveillant qui nous est réservé. Un grand couloir et nous voici devant les guichets. On me demande ma Smart Card, petite carte plastifiée sur lequel est répertoriée ma commande, ma FAN-ID et mon passeport. Quelques minutes plus tard, trois larges billets cartonnés sont rangés dans mon sac à dos. La coupe du monde peut commencer ! En regarde ma montre, il est 11h15, encore un petit moins de trois heures à tenir…

La vue sur la Volga puis le majestueux Kremlin qui se dresse devant nous combleront notre temps libre. Nous croisons déjà beaucoup d’Australiens colorant les rues de la ville. Demain nous serons sans aucun doute noyés dans une marée jaune… Notre petit groupe de déambulateurs décident finalement de se poser dans l’auberge en attendant nos clefs de chambre.

14h, « vos chambres sont prêtes » résonne dans le hall d’entrée. Nous allons enfin pourvoir nous doucher et allonger nos jambes…
Trois autres IF seront avec moi dans une chambre de 15m2 composée de 2 lits superposés et d’une fenêtre devant lequel se dresse un mur. Au moins nous ne serons pas embêtés par le très matinal lever du soleil. Matthieu, Quentin et Yohan seront donc mes compagnons de sommeil mais aussi d’excursions et de fêtes. Chacun trouve sa place, les prises électriques sont transformés en centre multimédia, on se douche, on s’allonge…

16h30, on vient frapper à la porte de ma chambre. C’est Kin, « on décolle dans une demi-heure pour le match des supporters ! ». Mais pourquoi ai-je dis oui lorsque m’a été proposé de jouer ?!!! Cette réflexion ne quittera pas mon esprit durant toute la prise de la seconde douche.
Nous voici monté dans des taxis, direction le stade.

La vision que nous avons à notre arrivée est surréaliste. Deux cars de policiers, des pompiers, un portique de sécurité et une quarantaine de journalistes de 5 pays différents nous attendent. Il me faudra plus de 10 min pour franchir le portique avant qu’un officiel du club de Kazan m’indique le lieu du vestiaire français. Nous sommes seize joueurs français et nous allons donc jouer au football face à vingt-quatre australiens le tout devant une grande partie des médias nationaux et surtout deux heures de sommeil depuis 48h. La coupe du monde commence bien…

Le match ne restera pas dans les annales du football, nous perdons 2-6 alors que le score à la mi-temps était de 2-0. La fatigue nous battu par KO. Mais quelle ambiance ! La Marseillaise et l’Advance Australia Fair résonnent, les souvenirs s’accumulent, on se souhaite bonne chance pour demain. J’ai joué 20 min au poste d’avant centre, ma carrière aura été éphémère. Troisième douche de la journée, on rentre à l’auberge, demain c’est le grand jour !